Le 2 octobre 1925, Joséphine Baker passe en première partie dans la Revue nègre au Théâtre des Champs-Elysées. Vêtue d’un simple pagne de bananes, elle danse avec une furie suggestive sur un rythme de charleston — une musique alors encore inconnue en Europe — l’interprétation d’un tableau baptisé La Danse sauvage. Le scandale fait rapidement place à l’engouement général. Joséphine devient l’égérie des cubistes qui vénèrent son style et ses formes, et suscite l’enthousiasme des Parisiens pour le jazz et les musiques noires. À cette époque, elle rencontre Georges Simenon, engagé comme secrétaire. Malgré le succès réservé à Joséphine Baker, la Revue nègre s’inscrit dans la vision coloniale du monde noir et de l’Afrique qu’a la France de l’époque.
C’est l’époque des expositions et musées qui ont largement contribué à l’identité de Paris: 1925 : Expo Internationale des Arts Décoratifs, 1931 : Musée des Colonies, 1937 : Palais de Tokyo.
Le musée des colonies qui est devenu le Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie (aujourd’hui Palais de la Porte Dorée avec déménagement des collections au Musée du Quai Branly), était mon favori.
Il fleurait un temps révolu et mélangeait des cultures dont le lien principal était la France. Le colonialisme a ceci de fascinant qu’il confronte des cultures (dans un rapport malheureusement souvent violent et inégal) et crée de nouvelles expressions artistiques et linguistiques : l’univers du créole, du pidgin… Ce qui m’a toujours sidéré c’est la présence de l’aquarium, qui quoique beau, créait une gêne, car il rappelait que dans les années 30, le colonisé et le monde animal étaient souvent vu dans un ensemble qui diluait l’humanité de l’autre.
Aimé Césaire a écrit dans les années 50 un discours impitoyable sur le colonialisme que je recommande vivement même si le discours est très manichéen, mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une réaction à la vision du colonialisme de l’époque, qui était d’un optimisme délirant. En voici un extrait.
Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire :
« Cela réglé, j’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien; que marier des mondes différents est excellent; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur redistributeur d’énergie.
Mais alors je pose la question suivante: la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’«établir contact», était-elle la meilleure ?
Je réponds non.
Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir à extirper une seule valeur humaine. »
On October 2, 1925, Josephine Baker opened in Paris at the Théatre des Champs-Élysées, where she became an instant success for her erotic dancing and for appearing practically nude on stage. After a successful tour of Europe, she returned to France to star at the Folies Bergères, setting the standard for her future acts. She performed the Danse sauvage, wearing a costume consisting of a skirt made of a string of artificial bananas. Baker’s success coincided (1925) with the Exposition des Arts Décoratifs, which gave us the term « Art Deco », and also with a renewal of interest in ethnic forms of art, including African.
It’s the period of the great expositions and museums which contributed to shape the identity of Paris: 1925 : Expo Internationale desArts Décoratifs, 1931 : Musée des Colonies, 1937 : Palais de Tokyo. The Musée des Colonies, which became the Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie (today Palais de la Porte Dorée with a transfer of the collections to the Musée du Quai Branly), was my favorite.
It reminded you of the past and mixed cultures with one common trait : France. The interesting side of colonialism is that it confronts cultures (unfortunately in an often violent and unequal relationship) and creates new forms of artistic and linguistic expressions: the universe of creole, pidgin etc… What always amazed me was the presence of a huge aquarium in the museum. It felt weird, because it reminded the visitor that in the 30s, the colonized and the animal world were seen as a whole, denying the other’s humanity.
I recommend Aimé Césaire’s harsh criticism of colonialism in the 50s (it’s available in English under the title « Discourse on colonialism ») even if I can’t agree with everything he writes (it’s a very good versus evil picture of Europe and Africa, but it was a reaction to a deliriously optimistic vision of colonialism in that time). Here’s an excerpt.
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